Libération choc : un pédocriminel récidiviste retrouve la liberté près de sa victime, l’indignation monte
Une nouvelle qui glace le sang. Karine Jambu, victime de viols répétés durant son enfance, apprend par courrier que Roland Blaudy, l’homme qui l’a brutalisée pendant trois ans, sortira de la prison de Caen le 12 mai 2026. Huit années de détention effective seulement, pour une condamnation initiale de trente ans. Et ce n’est pas tout : il s’installera à Rennes, à quatre kilomètres du domicile de celle dont il a brisé la vie. Une situation qui soulève des questions brûlantes sur le fonctionnement de notre justice française, les mécanismes de la confusion des peines et la protection réelle des victimes de pédocriminalité.
Qui est Roland Blaudy, ce pédocriminel multirécidiviste ?
À 75 ans, Roland Blaudy cumule un lourd passif judiciaire. Déjà condamné en 2007 à dix-huit ans de réclusion criminelle pour des viols commis sur sa propre fille, il récidive en s’en prenant à Karine Jambu, alors âgée de 5 ans, entre 2002 et 2005. Hébergé au domicile familial à Chantepie, près de Rennes, il profite de la confiance des parents pour commettre l’impensable. Quinze victimes au total seront identifiées au fil des procédures. Un profil que les experts qualifient de « prédateur sexuel en série », marqué par un déni persistant de la gravité de ses actes.
Une condamnation à 30 ans… réduite à 8 ans de détention effective
Comment expliquer un tel écart ? La réponse réside dans un mécanisme juridique méconnu du grand public : la confusion des peines. Prévue à l’article 132-4 du Code pénal, cette disposition permet, lorsque plusieurs condamnations sont prononcées dans des procédures distinctes, d’absorber la peine la plus faible dans la plus forte, dans la limite du maximum légal. Concrètement, les treize années déjà purgées par Blaudy depuis son incarcération en avril 2005 ont été « fusionnées » avec la peine de trente ans prononcée en 2018 par la cour d’assises d’Ille-et-Vilaine. Résultat : après vingt-et-un ans de détention toutes affaires confondues, et l’achèvement de sa période de sûreté de vingt ans en avril 2025, il devient éligible à une libération conditionnelle. Une logique implacable sur le plan juridique, mais difficilement audible pour les victimes.
Pourquoi Roland Blaudy peut-il s’installer à Rennes, près de Karine Jambu ?
C’est la question qui fâche. La juge d’application des peines du tribunal de Caen l’explique dans son courrier : « L’intéressé n’ayant pas d’autre adresse en sortie, cette situation inconfortable n’a pu être évitée ». Faute de domicile alternatif et en l’absence d’interdiction de séjour prononcée lors du verdict de 2018, la justice ne peut, a posteriori, imposer une assignation géographique. Le procureur de la République Joël Garrigue précise que toute autre solution aurait placé le condamné « en situation d’errance incompatible avec toute mesure de contrôle ». Un argument technique qui ne rassure personne, surtout lorsque l’on sait que Karine a déjà croisé le frère de Blaudy – chez qui il résidera – sur un boulevard rennais.
Quelles mesures de suivi pour prévenir la récidive ?
La justice promet une surveillance renforcée. Dès sa sortie, Roland Blaudy sera placé sous suivi socio-judiciaire pour une durée de quinze ans. Il lui est formellement interdit d’entrer en contact avec ses victimes, de fréquenter des lieux habituellement occupés par des mineurs, ou d’entretenir tout « contact habituel » avec eux. Pendant deux ans, il portera un bracelet électronique mobile permettant un contrôle géographique en temps réel. « Toute violation entraînerait une nouvelle incarcération pour sept ans », alerte le parquet de Caen. Reste à savoir comment ces dispositifs seront appliqués concrètement, dans un contexte de moyens limités pour les services pénitentiaires d’insertion et de probation.
Quand la victime doit reconstruire sa vie dans l’ombre de son agresseur
« Ça me dégoûte. Je ne comprends pas comment c’est possible », confie Karine Jambu, aujourd’hui âgée de 29 ans. « Il a bousillé une partie de ma vie et on le libère. Je fais quoi moi ? J’arrête de sortir ? ». Sa tante, Laurence Brunet-Jambu, présidente de l’association Alexis Danan de Bretagne, dénonce une « double peine » infligée à sa nièce. Leur combat, déjà médiatisé par le livre puis le téléfilm « Signalements » du réalisateur Eric Métayer, a pourtant abouti à cinq condamnations de l’État français pour « déni de justice » et « faute lourde », reconnaissant les carences dans le traitement des signalements effectués dès 2003. Mais aucune réforme structurelle n’a suivi.
Une pétition et un projet de loi pour changer la donne
L’émotion suscitée par cette affaire dépasse les frontières bretonnes. Une pétition en ligne réclame une réforme de la confusion des peines, jugée trop favorable aux multirécidivistes. Ce mardi, les députés examinent par ailleurs un projet de loi visant à mieux informer les victimes avant la libération de leur agresseur. Des initiatives salutaires, mais qui interviennent bien tard pour Karine Jambu, contrainte de réapprendre à vivre dans une ville devenue, malgré elle, le lieu de résidence de celui qui l’a détruite.
En résumé : les chiffres clés de l’affaire Blaudy-Jambu
- 30 ans : peine de réclusion criminelle prononcée en 2018
- 8 ans : durée de détention effective au titre de cette affaire
- 21 ans : temps total d’incarcération toutes condamnations confondues
- 4 km : distance entre le domicile de Roland Blaudy à sa sortie et celui de Karine Jambu
- 15 victimes : nombre de mineures identifiées dans le dossier
- 5 condamnations de l’État pour dysfonctionnements dans le suivi de l’affaire
