Arrêts maladie : le gouvernement prépare un choc budgétaire pour endiguer la dérive des coûts en 2025
Le sujet est sensible et les chiffres sont sans appel. Alors que le déficit de la Sécurité sociale continue de creuser les comptes publics, une dépense spécifique explose littéralement : celle liée aux arrêts de travail. Face à cette situation, l’exécutif ne compte pas rester les bras croisés. Sébastien Lecornu, Premier ministre, a récemment alerté sur une « dérive très préoccupante » qui menace l’équilibre financier de l’État. Mais quelles sont les solutions envisagées pour freiner cette hémorragie de 12 milliards d’euros ?
Une facture de 12 milliards d’euros qui inquiète Bercy
La situation actuelle est critique pour les finances publiques. En 2025, l’Assurance-maladie a dû débourser la somme colossale de 12 milliards d’euros uniquement pour le versement des indemnités journalières aux salariés arrêtés. Ce montant représente une augmentation de 6 % par rapport à l’année précédente, soit un milliard d’euros de dépenses supplémentaires chaque année.
Stéphanie Rist, ministre de la Santé, ne cache pas son inquiétude. Elle précise que si la protection des Français malades reste une priorité absolue, le système doit demeurer « soutenable ». Le constat est clair : sans intervention rapide, le coût des arrêts de travail deviendra ingérable pour le budget de l’État.
Pourquoi cette hausse explosive ?
L’analyse des données révèle des tendances lourdes. Selon l’Assurance-maladie, 40 % de cette augmentation ne s’explique pas par une détérioration de la santé publique, mais par un recours accru aux arrêts maladie. Plusieurs facteurs entrent en jeu :
- Une dégradation perçue de la qualité de vie au travail.
- Des prescriptions médicales parfois jugées non pertinentes.
- Un manque de suivi pour les patients arrêtés sur de longues périodes.
Des mesures concrètes attendues dès le mois d’avril
Le temps de la réflexion touche à sa fin. Après plusieurs réunions stratégiques à Matignon et à Bercy, le gouvernement s’apprête à dévoiler sa feuille de route. Sébastien Lecornu a insisté sur l’urgence d’agir maintenant, estimant qu’attendre trop tard dans l’année rendrait toute action inefficace. C’est pourquoi des annonces officielles sont programmées pour avril prochain.
Stéphanie Rist travaille activement sur ce dossier en collaboration avec Jean-Pierre Farandou, ministre du Travail, et David Amiel, ministre des Comptes publics. L’objectif est de trouver un équilibre entre nécessaire protection sociale et rigueur budgétaire.
La cible prioritaire : les arrêts longs
Tous les arrêts ne se valent pas financièrement. La Drees, service statistique du ministère, met en lumière une disparité frappante. Si les arrêts de moins de huit jours représentent près de la moitié des cas, ils ne pèsent que 4 % de la dépense totale. À l’inverse, les arrêts de plus de six mois, qui ne concernent que 7 % des salariés, absorbent à eux seuls 45 % du budget des indemnités.
Ce phénomène s’explique en partie par le fait que les salariés les plus âgés, souvent mieux rémunérés, sont statistiquement plus sujets aux arrêts de longue durée, tirant ainsi le coût moyen vers le haut.
Le bras de fer avec le corps médical
La réforme des arrêts maladie ne se fait pas sans heurts. Dans le cadre du dernier Projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS), le gouvernement avait déjà tenté de limiter la primo-prescription à un mois. De plus, depuis avril 2025, le salaire de référence pour le calcul des indemnités a été plafonné à 1,4 Smic, contre 1,8 Smic auparavant.
Une mesure plus controversée avait également été envisagée : l’obligation de mise sous objectifs pour les généralistes jugés trop généreux dans leurs prescriptions. Face à la fronde des médecins, cette disposition a été retirée du texte initial examiné au Parlement. Cependant, l’entourage de la ministre de la Santé assure que l’outil n’est pas abandonné. Des discussions sont en cours pour adapter ce mécanisme de contrôle avant le prochain PLFSS, afin de mieux encadrer les pratiques sans braquer le corps médical.
