Cauchemar à Crans-Montana : le long chemin des survivants un mois après l’incendie meurtrier
Quand le feu a tout emporté en quelques minutes
Rose a 18 ans, elle a été gravement aux mains et au visage lors de la nuit de l'horreur à Crans Montana, elle vient de subir plusieurs greffes de peau.
Des blessures pas seulement physiques, la jeune suissesse est réveillée chaque nuit pas des cauchemars :
Rose : "des scènes… pic.twitter.com/k7AWcpD459— 🇫🇷 fred le gaulois 🇫🇷 Uniondesdroites 🐱🐱 (@FredGaulois) February 1, 2026
Dans la nuit du 1er janvier 2026, un incendie d’une violence inouïe dévaste l’établissement alors bondé de fêtards. Les flammes se propagent à une vitesse effrayante, piégeant clients et employés dans un piège mortel. L’absence de issues de secours adaptées, les matériaux combustibles et l’engouffrement rapide des fumées toxiques transforment le lieu en enfer en l’espace de minutes. Quarante personnes perdent la vie sur place. Une quarantième et unième succombera plus tard à ses blessures à l’hôpital.
Les secours mobilisent des moyens considérables. Pompiers, ambulanciers, hélicoptères sanitaires convergent vers la station valaisanne. Certains blessés sont évacués vers des centres spécialisés en brûlures en Belgique, en France ou en Suisse alémanique, faute de capacités suffisantes sur place. L’hôpital de Liège accueille notamment plusieurs patients dans son service de grands brûlés.
Rose, 18 ans : entre cicatrices physiques et fantômes nocturnes
Quelques semaines après le drame, Rose sort à peine des soins intensifs. Cette jeune Suissesse porte sur le corps les stigmates d’une nuit qui ne passe pas. Brûlures graves aux mains et au visage, plusieurs interventions chirurgicales, des greffes de peau prélevées sur ses cuisses pour recouvrir les zones dévastées.
« Ils m’ont pris de la peau de la cuisse droite et ils en ont mis sur mes mains », raconte-t-elle d’une voix éteinte. Les pansements devront être changés tous les deux jours pendant des mois. La peau greffée mettra des années à retrouver une partie de sa sensibilité.
Le traumatisme qui ne dort jamais
Mais ce sont les blessures invisibles qui font le plus mal. Chaque nuit, les cauchemars reviennent. Les cris des agonisants, les corps sans vie, les gestes de réanimation désespérés – tout ressurgit dans un flot d’images insoutenables. « On réentend les cris des gens, on revoit les brûlés. Des gens étaient évanouis, des gens à qui on faisait des massages cardiaques », murmure-t-elle.
Le traumatisme psychologique des survivants d’incendie est bien documenté par les spécialistes. Près de 70 % des personnes directement exposées développent des symptômes de stress post-traumatique dans les mois suivant le drame. Insomnies chroniques, flashbacks, anxiété généralisée – le cerveau refuse parfois de tourner la page. « Après, je ne pense pas que je pourrai vivre normalement », confesse Rose avec une lucidité qui glace le sang.
Christophe : le deuil impossible d’un père endeuillé
À quelques kilomètres de l’hôpital, Christophe erre dans les rues de Crans-Montana. Son fils de 17 ans n’a pas survécu aux flammes. Depuis, le temps s’est arrêté. Le bol de céréales du petit-déjeuner reste posé sur la table de la cuisine. Les vêtements de l’adolescent dorment dans son armoire, intacts. Toucher quoi que ce soit reviendrait à admettre l’irréparable.
« Pour moi, venir ici, c’est très important parce que je me sens proche de lui. C’est là qu’il est parti et il aimait cette station », explique-t-il, le regard perdu vers les pistes enneigées. Le cerveau humain peine à intégrer une perte aussi violente, aussi soudaine. « C’est tellement tragique que le cerveau ne comprend pas. Il comprend bien sûr, mais c’est tellement violent que c’est très compliqué », lâche-t-il dans un souffle.
L’enquête judiciaire : des questions qui brûlent encore
Un mois après le drame, les familles réclament des réponses. Pourquoi ce bar n’avait-il pas fait l’objet d’un contrôle sécurité incendie depuis cinq ans ? Pourquoi certaines images de vidéosurveillance de la commune ont-elles été effacées dans les heures suivant le sinistre ? Les gérants de l’établissement, Jacques et Jessica Moretti, sont poursuivis pour homicide par négligence et incendie, mais bénéficient d’une liberté conditionnelle – une décision qui suscite colère et incompréhension.
Un élan de solidarité pour faire face
Face à l’absurdité du drame, les familles des victimes se serrent les coudes. Une marche silencieuse a rassemblé des centaines de personnes le 31 janvier à Crans-Montana. Des psychologues spécialisés dans le traumatisme ont été mobilisés pour accompagner les survivants et les proches endeuillés. En Suisse comme en France, les autorités renforcent désormais les contrôles des établissements nocturnes pour éviter qu’un tel cauchemar ne se reproduise.
Le chemin sera long. Pour Rose, pour Christophe, pour les 115 blessés et les familles des 41 disparus. La cicatrisation des corps prendra des mois. Celle des âmes, des années peut-être. Mais dans ce froid valaisan, une certitude demeure : personne n’oubliera cette nuit du Nouvel An où le feu a volé l’avenir de trop de jeunes vies.
