« 3 000 € et 9 semaines de congés » ? Une assistante maternelle démonte le reportage de Capital
Le dernier reportage de l’émission Capital, diffusé sur M6, a fait grand bruit en présentant le métier d’assistante maternelle comme une véritable aubaine : salaire confortable, horaires souples, et jusqu’à neuf semaines de vacances. Mais pour Angélique, professionnelle expérimentée de la petite enfance, cette version des faits relève davantage de la fiction que de la réalité. « Ce n’est pas la vérité », affirme-t-elle sans détour.
Pourquoi ce reportage fait-il polémique ?
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Dans le documentaire, Virginie — récemment reconvertie dans le métier — affirme percevoir plus de 3 000 euros par mois tout en bénéficiant de 9 semaines de congés. Une image idéalisée qui, selon de nombreux professionnels, donne une vision trompeuse du quotidien des assistantes maternelles. Angélique, qui exerce depuis plusieurs années, dénonce un discours éloigné des contraintes réelles du terrain.
Des horaires imposés, pas choisis
Contrairement à ce que laisse penser le reportage, une assistante maternelle ne fixe pas librement ses horaires. Elle travaille sous agrément, avec un cadre strict : un maximum de 48 heures hebdomadaires en moyenne sur quatre mois, soit 2 250 heures annuelles. Dépasser ces seuils peut entraîner la perte de l’agrément ou l’absence de couverture en cas d’accident. « On fonctionne comme un employé lambda », précise Angélique. « On postule à des contrats, on n’impose pas nos conditions. »
Un salaire mensuel instable et mal compris
Les 3 000 euros mensuels évoqués par Virginie incluent des indemnités — remboursements de frais (repas, entretien, etc.) — qui ne constituent pas un salaire au sens légal. Elles ne comptent ni pour les cotisations sociales, ni pour la retraite. En réalité, son revenu annuel avoisinerait les 28 000 euros, soit environ 2 300 euros par mois en moyenne. Un écart significatif avec les chiffres mis en avant à l’écran.
Et ces fameuses 9 semaines de congés ?
Le reportage suggère que les assistantes maternelles bénéficient systématiquement de 9 semaines de vacances payées. En vérité, seules 5 semaines sont légales et rémunérées. Les semaines supplémentaires correspondent souvent à des absences programmées sans solde, prévues dès la signature du contrat. « Ce ne sont pas des congés payés », insiste Angélique. « Ce sont des périodes où l’enfant n’est pas là, donc on n’est pas rémunéré. »
Un système de rémunération complexe
Le salaire dépend de nombreux facteurs : nombre d’enfants accueillis, durée du contrat, région, type de garde (année complète ou incomplète). Dans le cas d’une garde incomplète — le plus courant —, le salaire est lissé sur 12 mois, mais les périodes d’absence non rémunérées viennent réduire le revenu annuel réel. Résultat : un pic de paiement ponctuel peut être interprété à tort comme un salaire mensuel élevé.
Une profession méconnue, souvent sous-estimée
Être assistante maternelle, c’est bien plus que « garder des enfants ». C’est assurer leur développement, leur sécurité, leur éveil, dans un cadre réglementé et exigeant. Pourtant, le métier reste mal valorisé, tant financièrement que socialement. Le reportage de Capital a ravivé un débat de longue date : celui de la reconnaissance réelle de ce rôle essentiel dans la société.
Angélique espère que sa prise de parole contribuera à corriger les idées reçues. « Ce métier mérite respect et transparence », conclut-elle. « Pas des chiffres sortis de leur contexte. »
