Violences à l’école Saint-Dominique : le cri d’alarme des parents ignorés pendant des mois
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Quand les images confirment les pires craintes
Le magazine d’enquête Cash Investigation s’est infiltré pendant une semaine en mai 2025 au sein du périscolaire de l’école Saint-Dominique. Les images sont accablantes : cris incessants sur des enfants de trois ans, taux d’encadrement non respectés avec un animateur pour 23 voire 35 enfants au lieu de 14 maximum, et une scène particulièrement choquante où une animatrice embrasse un enfant sur la bouche en déclarant « Je suis folle de lui ».
Ces pratiques, qualifiées de « quotidiennes » par l’enquêtrice, montrent un manque criant de formation du personnel éducatif et de respect des normes de sécurité pour les jeunes enfants.
Sandra et Lauren : des mères qui ont vu juste trop tôt
« J’ai ressenti du dégoût face à l’impunité des adultes qui commettent des violences sur les enfants. Et parce que l’institution en charge de les protéger ne les protège pas », confie Sandra, présente à la réunion d’urgence organisée par la mairie de Paris. Son enfant, scolarisé en moyenne section, exprimait régulièrement un refus d’aller à la cantine. « On est punis si on parle », lui disait-il.
Des signalements répétés sans suite
Lauren, dont la fille en petite section revenait avec des marques rouges sur le corps, a elle aussi tenté d’alerter. « Vous imaginez ce que peuvent ressentir des parents qui ne savent rien ? », interroge-t-elle avec amertume. Malgré de multiples rencontres avec la direction et les services municipaux entre septembre et décembre, les mesures concrètes tardent à venir.
La méthode de la peur : éteindre les lumières pour faire taire
Lors d’une réunion en octobre, les parents découvrent que certains encadrants avaient pour habitude d’éteindre la lumière lorsque les enfants faisaient du bruit à la cantine. Un animateur particulièrement problématique, décrit comme criant constamment sur les enfants, ne sera suspendu qu’après deux réunions supplémentaires en novembre et décembre.
Pendant ce temps, la directrice du périscolaire, celle-là même filmée en train de crier sur les enfants dans l’enquête, est simplement réaffectée à un poste d’adjointe. Une décision qui laisse les parents perplexes et en colère.
La réaction institutionnelle : trop tardive pour beaucoup
Face à la pression médiatique et aux signalements répétés, la Mairie de Paris annonce finalement la suspension de deux personnes : une animatrice et la directrice adjointe du périscolaire. Une enquête administrative est lancée et un signalement au Parquet effectué.
« La Ville de Paris partage la colère provoquée par ces images inadmissibles », déclare l’institution, qui met également en place une cellule d’écoute psychologique pour les familles affectées.
Des questions qui restent sans réponse
Mais pour Lauren et Sandra, de nombreuses interrogations demeurent. « Les journalistes ont-ils alerté plus tôt ? Pourquoi ces personnes ne sont-elles suspendues que maintenant ? », s’interroge Lauren. Le décalage entre le tournage en mai 2025 et les sanctions en janvier 2026 interroge sur l’efficacité des mécanismes de protection de l’enfance.
Le long chemin vers la réforme du périscolaire parisien
Ce scandale révèle des failles structurelles dans la gestion du périscolaire parisien. Les parents du collectif SOS périscolaire dénoncent depuis des mois des conditions de travail dégradées, un manque de formation du personnel, et des ratios d’encadrement non respectés.
La mairie de Paris promet désormais des mesures correctives : embauche d’animateurs vacataires supplémentaires, formations obligatoires pour le personnel, et renforcement des contrôles. Mais pour les familles de l’école Saint-Dominique, la confiance est rompue. Leur combat continue pour que chaque enfant soit protégé, entendu, et respecté dans son environnement scolaire.
Le témoignage de ces parents courageux rappelle une vérité essentielle : écouter les alertes, c’est sauver des vies. Ignorer les signaux, c’est condamner des enfants à souffrir en silence.
