Ségolène Royal à Alger : Une percée fragile dans la crise France-Algérie ?
Alors que les relations franco-algériennes stagnent depuis plus d’un an, une lueur d’espoir perce timidement. Ségolène Royal, fraîchement nommée présidente de l’Association France Algérie, revient d’une mission sensible à Alger. Interviewée le 2 février 2026 sur TF1, elle livre un constat sans fard : « Les séquelles de la colonisation française n’ont jamais été pleinement assumées. »
Derrière ces mots, une urgence silencieuse. Une volonté de briser le cycle des malentendus. Et un message clair adressé aux décideurs des deux rives de la Méditerranée.
🇫🇷🇩🇿 | Ségolène Royal :
« On rend ce qu’on a VOLÉ. C'est si difficile ? »
– Les affaires de l’émir Abdelkader
– le canon d’Alger
– les archives
– les DÉPOUILLES conservées au Musée de l’Homme.👉 La France est consumée par son obsession coloniale. pic.twitter.com/gnYSOyGnTq
— Cirta. (@AlterCirta) February 2, 2026
Une médiation hors des sentiers battus
Reçue par le président Abdelmadjid Tebboune, Ségolène Royal a joué un rôle de facilitateur là où les canaux officiels semblaient bloqués. Son intervention a permis une visite humanitaire auprès de Christophe Gleizes, journaliste français incarcéré près d’Alger.
Un geste concret, rare dans ce contexte tendu. « À part sa famille et le cardinal Jean-Paul Vesco, personne ne l’avait vu », rappelle-t-elle avec gravité. Elle a également porté auprès des autorités algériennes la demande de grâce formulée par les proches du détenu.
Cette initiative souligne le rôle croissant des acteurs non gouvernementaux dans la diplomatie parallèle. L’AFA devient ainsi un pont discret mais essentiel.
Mémoire coloniale : le nœud gordien des relations bilatérales
Pour Ségolène Royal, aucun dégel durable n’est possible sans un travail de vérité sur le passé. Elle insiste : les Algériens ne réclament pas d’indemnités historiques, mais une reconnaissance symbolique des souffrances endurées entre 1830 et 1962.
Elle évoque les propos tenus par Emmanuel Macron en 2017 à Alger — qualifiant la colonisation de « crime contre l’humanité » — perçus ensuite comme un engagement non tenu. Cette fracture mémorielle alimente toujours la défiance.
Et si la reconnaissance ouvrait la voie ?
Plusieurs experts en politique étrangère soulignent que des gestes symboliques forts — excuses officielles, ouverture d’archives, commémorations communes — pourraient désamorcer des décennies de rancœur.
La réconciliation franco-algérienne passe par cette lucidité partagée.
Le Sahara occidental : déclencheur de la rupture
La crise actuelle trouve son origine dans la décision française de l’été 2024 : reconnaître un plan d’autonomie du Sahara occidental sous tutelle marocaine.
Pour l’Algérie, pilier historique du Front Polisario, cette position constitue une trahison des principes du droit international. Depuis, les dossiers s’enchaînent : détention de Boualem Sansal (depuis libéré), incarcération d’un agent consulaire algérien en France, blocage des reconduites à la frontière.
Laurent Nuñez attendu à Alger : condition ou opportunité ?
« Il faut que le ministre de l’Intérieur se rende sur place. Il est attendu », lance Ségolène Royal, jugeant contre-productif de poser des préalables.
De son côté, Laurent Nuñez exige « des gestes très forts » d’Alger, notamment sur le sort de Christophe Gleizes et la reprise des expulsions. Cette impasse révèle un dilemme classique de la diplomatie bilatérale : qui fait le premier pas ?
Un calendrier serré pour 2026
Avec l’approche des échéances électorales en France et en Algérie, chaque semaine compte. Une visite de Laurent Nuñez avant l’été pourrait marquer un tournant.
L’enjeu dépasse les personnalités : il s’agit de restaurer un climat de coopération judiciaire et de confiance réciproque.
La médiation de Ségolène Royal ne résout pas tous les contentieux. Mais elle rappelle une vérité simple : dans les relations internationales, le dialogue reste la seule issue durable. Même quand il commence par un simple geste humain.
