Ségolène Royal veut transformer les rodaillons en cascadeurs : utopie ou solution ?
Et si les rodéos urbains n’étaient pas une dérive, mais une vocation mal canalisée ? C’est la thèse étonnante défendue par Ségolène Royal, qui propose rien de moins que la création d’une école de cascadeurs pour les jeunes adeptes des deux-roues brûlants et des démarrages frénétiques en zone urbaine. L’objectif ? Éviter qu’ils ne basculent dans des activités bien plus graves, comme le trafic de drogue. Une idée visionnaire… ou complètement déconnectée de la réalité sécuritaire actuelle.
Une passion dangereuse, mais une passion quand même
Dans un entretien accordé au média Le Crayon, l’ancienne candidate à la présidentielle insiste : ces jeunes ne sont pas des délinquants sans espoir. Ils ont, selon elle, une véritable passion pour la moto — certes exprimée de façon imprudente, voire mortelle. « C’est déjà formidable d’avoir des jeunes qui ont une passion », affirme-t-elle, reconnaissant toutefois les risques : « Il y a même eu des morts. »
Plutôt que de saisir et broyer leurs motos — une pratique courante depuis les récentes mesures gouvernementales —, elle préconise de les sortir des quartiers pour les encadrer. Son idée ? Les installer dans un lieu sécurisé, comme l’ancien circuit de Montlhéry, et y créer un internat scolaire dédié.
De la rue au plateau de cinéma
Ségolène Royal imagine un dispositif complet : scolarisation, encadrement par des motards expérimentés et des gendarmes, formation au métier de garagiste — un secteur en pénurie —, et même une filière artistique. « Vous faites une école de cascadeurs pour le cinéma français », lance-t-elle, comme une évidence.
L’idée n’est pas entièrement farfelue. Le cinéma emploie effectivement des professionnels formés à la conduite extrême. Mais y a-t-il assez de demandes pour transformer des centaines de rodaillons en professionnels du stunt ? Et surtout, peut-on financer un tel programme alors que l’État multiplie les sanctions contre les mêmes jeunes ?
Une vision à contre-courant de la politique sécuritaire
La proposition arrive au pire moment. En décembre 2025, le ministre de l’Intérieur Laurent Nunez a présenté un projet de loi sur la sécurité du quotidien, renforçant sévèrement la répression des rodéos urbains. Les sanctions incluent désormais la suspension immédiate du permis et la saisie définitive du véhicule.
Dans ce contexte, l’approche éducative de Ségolène Royal semble presque révolutionnaire. Ou naïve. Selon les détracteurs, elle sous-estime la violence et la criminalité réelle liées à certains rodéos, souvent organisés par des réseaux structurés. Mais ses partisans y voient une rare tentative de réinsertion par la passion, plutôt que par la punition.
Éduquer ou réprimer : le vieux débat refait surface
Derrière cette proposition se cache une question plus large : faut-il traiter ces jeunes comme des criminels… ou comme des talents à rediriger ? La réponse dépend de ce qu’on croit possible. D’un côté, la sécurité publique exige des réponses rapides. De l’autre, la prévention à long terme réclame des investissements dans l’éducation, la formation et l’encadrement.
Pour l’heure, l’école de cascadeurs n’existe que dans les discours. Mais elle a le mérite de relancer un débat crucial : que faire de cette jeunesse en marge, dont l’énergie peut autant détruire que construire ?
