Crans-Montana : le long chemin de Matthieu, victime brûlée à 25% de l’incendie du Constellation
Un mois après la nuit du Nouvel An 2026 qui a transformé le bar Le Constellation en enfer, Matthieu Aubrun se bat chaque jour pour reconquérir son corps et son esprit. Âgé de 27 ans, cet ancien serveur de la station suisse de Crans-Montana porte sur lui les stigmates d’un drame qui a coûté la vie à 40 personnes. Son père, Lionel Aubrun, partage avec pudeur et force ce combat intime vers la reconstruction.
De la survie à la reconstruction : un parcours semé d’embûches
Transféré au centre hospitalier régional de Metz, Matthieu a intégré le service spécialisé des grands brûlés aux côtés de trois autres rescapés de la tragédie. Brûlé sur 25 % de la surface corporelle, son état a suscité de vives inquiétudes chez les équipes médicales. « Il a fait deux infections sévères qui, pour l’une, a généré beaucoup d’inquiétude. On était sur un pic critique », confie son père, évoquant des moments où l’issue semblait suspendue à un fil.
Aujourd’hui sorti du coma, Matthieu affronte une nouvelle réalité. Conscient et déterminé, il s’accroche à des objectifs concrets pour avancer dans ce processus de guérison qui s’annonce long et exigeant.
Un protocole chirurgical intensif
La reconstruction tissulaire de Matthieu suit un calendrier médical exigeant. Sous la direction du docteur Riyad Alaeddin, chirurgien plasticien, le jeune homme subit régulièrement des interventions lourdes visant à restaurer son intégrité cutanée. « Mon rôle, c’est d’exciser toute la peau brûlée, prélever la peau saine sur un endroit qui n’a pas été brûlé et l’appliquer sur tout ce qu’on a enlevé », explique le praticien.
Chaque opération dure entre six et sept heures. Avec deux à trois interventions par semaine, le rythme est soutenu, témoignant de l’ampleur des lésions subies lors de l’incendie de Crans-Montana.
Le choc psychologique de la transformation physique
Si son visage a été épargné par les flammes, d’autres parties de son corps portent les marques indélébiles du drame. Ses mains, particulièrement touchées, représentent un obstacle majeur à son retour à une vie normale. « Quand il en a pris la mesure, émotionnellement, il s’est effondré », raconte Lionel Aubrun avec émotion.
Le jeune homme, qui envisageait un retour rapide à son activité professionnelle, a dû faire face à une réalité plus dure que prévue. « Il se voyait travailler dans trois mois. Quand on lui dit que ce serait plutôt de l’ordre de un ou deux ans, il s’est effondré », poursuit son père, décrivant un moment de désarroi face à l’étendue du chemin à parcourir.
La perte de mobilité : un défi quotidien
La transformation physique de Matthieu est radicale et profonde. Ancien sportif de 1,80 mètre pesant 74 kilos, il a perdu l’essentiel de sa masse musculaire pendant son long séjour hospitalier. « Il est incapable de se tenir debout, incapable de se mouvoir. C’est un jeune homme de 27 ans dans un corps de vieillard de 97 ans », témoigne son père avec une infinie tristesse.
Cette perte d’autonomie représente un défi immense pour le jeune homme qui doit réapprendre les gestes les plus élémentaires de la vie quotidienne. Chaque mouvement devient un combat, chaque progrès une victoire.
L’accompagnement psychologique au cœur du processus
Les équipes médicales sont pleinement conscientes de l’importance de l’accompagnement psychologique dans la reconstruction des victimes de brûlures graves. « La nouvelle image de soi est quelque chose d’important. C’est une étape qui peut être difficile pour les patients », souligne une infirmière spécialisée dans la prise en charge des rescapés.
Les professionnels travaillent quotidiennement avec Matthieu pour l’aider à accepter son nouveau corps et à développer des stratégies d’adaptation. Cette approche globale prépare le terrain pour son futur transfert en centre de rééducation spécialisé.
L’espoir d’une nouvelle vie
La date du transfert de Matthieu en établissement de réadaptation fonctionnelle reste à déterminer en fonction de l’évolution de son état. Cette nouvelle étape sera cruciale pour retrouver son autonomie, apprendre à vivre avec ses séquelles, et préparer progressivement un retour à la vie sociale et professionnelle.
L’histoire de Matthieu reflète le parcours de courage de nombreuses victimes de l’incendie de Crans-Montana. Parmi les 116 blessés, chacun entame aujourd’hui un combat personnel, soutenu par des équipes médicales dévouées et l’amour inconditionnel de ses proches.
