Crise financière : Guterres prévient d’un effondrement imminent
L’alerte est grave. Antonio Guterres, secrétaire général des Nations unies, vient de tirer la sonnette d’alarme dans une lettre adressée aux États membres. L’organisation internationale fait face à un risque d’effondrement financier imminent si certains pays continuent à ignorer leurs contributions obligatoires. Une situation critique qui menace l’existence même de l’institution multilatérale.
Une situation financière radicalement différente
Dans sa missive datée du 30 janvier 2026, Antonio Guterres ne mâche pas ses mots. « Nous avons déjà surmonté des périodes délicates sur le plan financier, mais la situation actuelle est radicalement différente », écrit-il. L’origine de cette crise ? Des « décisions » de certains pays, non identifiés, « de ne pas honorer des contributions obligatoires finançant une part significative du budget ordinaire approuvé ».
Le chef de l’ONU dénonce un « cycle kafkaïen » dans lequel l’organisation est enfermée. « On attend de nous que nous rendions de l’argent qui n’existe pas », s’indigne-t-il, soulignant l’absurdité de la situation financière actuelle.
Des chiffres alarmants
Les données financières parlent d’elles-mêmes. Malgré le paiement de plus de 150 États membres sur 193, les Nations unies ont clôturé l’année 2025 avec 1,6 milliard de dollars de cotisations impayées. Ce montant représente plus du double de celui enregistré en 2024, marquant une dégradation rapide de la situation.
Antonio Guterres redoute de ne pas pouvoir « exécuter intégralement le budget-programme 2026 approuvé en décembre ». Il prévient même que les liquidités du budget ordinaire pourraient être épuisées dès le mois de juillet 2026, paralysant ainsi les activités de l’organisation.
Le rôle des États-Unis dans la crise
Hostiles au multilatéralisme défendu par les Nations unies, les États-Unis ont ces derniers mois refusé d’honorer ou retardé certains paiements obligatoires. Début janvier, Donald Trump a ordonné le retrait du pays de 66 organisations internationales « qui ne servent plus les intérêts américains », dont trente et une rattachées à l’ONU.
Le président américain a également lancé un « Conseil de paix », officiellement destiné à la mise en œuvre de son plan pour Gaza mais qui vise, selon ses critiques, à devenir une organisation concurrente des Nations unies. Cette initiative illustre les tensions croissantes entre Washington et l’institution multilatérale.
Des conséquences opérationnelles immédiates
Les déficits financiers obligent régulièrement l’organisation à geler des embauches, retarder des paiements ou réduire ses missions. Farhan Haq, porte-parole du chef de l’ONU, a expliqué lors d’un point presse un « problème connexe » aggravant encore la trésorerie : l’obligation de rembourser aux États membres les dépenses non engagées.
Cette contrainte financière pénalise directement les capacités opérationnelles de l’ONU à travers le monde, limitant son action dans des domaines essentiels comme la paix, le développement et les droits humains.
Un budget en recul et des effectifs réduits
Le budget 2026 des Nations unies atteint 3,4 milliards de dollars, en baisse de 7 % par rapport à l’exercice précédent. Les États membres ont également approuvé la suppression d’environ 2.400 postes, marquant l’un des arbitrages budgétaires les plus sévères de ces dernières années.
Cette réduction drastique intervient alors que les défis mondiaux se multiplient, créant un décalage croissant entre les ambitions de l’organisation et ses moyens réels.
La répartition théorique des contributions
Sur le papier, les États-Unis demeurent le premier contributeur de l’ONU, à hauteur de 22 % pour la période 2025-2027. Ce calcul est basé sur la capacité de paiement de chaque État membre, déterminée par son revenu national. La Chine occupe désormais la deuxième position, avec une contribution avoisinant les 20 %.
Cette répartition théorique contraste fortement avec la réalité des paiements effectifs, générant des tensions persistantes au sein de l’organisation.
Un appel urgent à l’action
Antonio Guterres, dont le mandat s’achève fin 2026, exhorte les États membres à « honorer pleinement et dans les délais leurs obligations de paiement ». À défaut, il demande une révision « en profondeur » des règles financières de l’organisation.
Cet appel intervient à un moment critique pour les Nations unies, qui célèbrent cette année leur 80e anniversaire. L’avenir de l’institution multilatérale dépendra de la volonté politique de ses membres à la soutenir financièrement dans un contexte international de plus en plus fragmenté.
