Scandale autour d’une photo d’Anne Hidalgo souriante en route pour Auschwitz
Un simple cliché pris dans un avion a déclenché une tempête. Sur la photo publiée sur Instagram, Anne Hidalgo, maire de Paris, apparaît souriante aux côtés de plusieurs élus, dont Jean-Luc Roméro et Jeanne d’Hauteserre, en partance pour le camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau. Le contexte : un voyage mémoriel organisé par le Mémorial de la Shoah à l’occasion du 81e anniversaire de la libération du camp. Pourtant, l’image a été perçue comme une faute de goût grave — voire une insulte à la mémoire des victimes.
J’arrive même pas à le croire. Ces têtes de crétins hilares, comme une classe de CP en partance pour Eurodisney, c’est vraiment un post de Romero ??? https://t.co/uMGJlffKB9
— Claude Weill (@WeillClaude) January 25, 2026
Pourquoi cette photo a-t-elle choqué ?
Le déplacement avait une intention solennelle : rendre hommage aux six millions de Juifs assassinés par le régime nazi, ainsi qu’aux autres victimes de la barbarie nazie. La Ville de Paris soulignait que cette visite s’inscrivait dans un engagement durable contre l’antisémitisme et pour la protection des minorités. Mais le ton de la photo — visages rieurs, ambiance décontractée — a heurté de nombreuses personnalités et citoyens.
« Quelle indignité ! », a réagi la sénatrice Nathalie Goulet sur X. « Ces têtes de crétins hilares, comme une classe de CP en partance pour Eurodisney », a fustigé le journaliste Claude Weil. L’essayiste Amine El Khatmi a parlé de « honte » et de « manque de tenue », tandis que la chroniqueuse Zohra Bitan insistait : « La Shoah exige une chose simple : la retenue. Et ici, elle manque honteusement. »
Qui était à bord de cet avion ?
Outre Anne Hidalgo, le groupe comprenait des élus parisiens de différents bords politiques, réunis pour un acte de mémoire officiel. Jean-Luc Roméro, adjoint à la mairie de Paris chargé des droits humains, a publié l’image avec la légende suivante : « Départ pour la visite des camps de la mort d’Auschwitz-Birkenau, avec Anne Hidalgo. » Une formulation factuelle, mais qui n’a pas suffi à apaiser les critiques.
Quand et pourquoi ce voyage a-t-il eu lieu ?
Le déplacement coïncide avec la Journée internationale de commémoration en mémoire des victimes de l’Holocauste, célébrée chaque année le 27 janvier. Cette date marque la libération du camp d’Auschwitz-Birkenau par l’Armée rouge en 1945. Depuis des années, des responsables politiques, enseignants et jeunes participent à des voyages pédagogiques organisés par le Mémorial de la Shoah pour transmettre la mémoire de la Shoah.
Pourtant, la question demeure : comment concilier rigueur du souvenir et communication publique ? Dans une ère où chaque image est scrutée, documentée, partagée, le moindre geste devient symbole. Et Auschwitz, plus que tout autre lieu, exige une gravité absolue.
Où se situe la frontière entre humanité et protocolisation du deuil ?
Les défenseurs des élus rappellent que les personnes photographiées sont humaines — capables de sourire, même en allant vers un lieu de douleur. Mais les critiques insistent : ce n’est pas le moment ni le lieu. La Shoah n’est pas un événement historique comme un autre. Elle impose une forme de silence intérieur, une retenue visuelle, une sobriété dans la représentation.
La polémique soulève une question plus large : comment les responsables publics doivent-ils incarner la mémoire collective à l’ère des réseaux sociaux ? Doit-on interdire toute expression de joie avant d’entrer dans un lieu de deuil ? Ou faut-il simplement repenser la manière dont on documente ces moments sacrés ?
Pourquoi cette controverse résonne-t-elle si fort aujourd’hui ?
Parce que la mémoire de la Shoah est fragile. Parce que l’antisémitisme ressurgit en Europe. Parce que chaque geste perçu comme léger peut être interprété comme un effacement progressif de l’horreur. Dans ce contexte, une photo souriante, même prise innocemment, devient un signal d’alarme pour ceux qui craignent l’oubli.
Le débat ne porte pas seulement sur une image. Il interroge notre rapport au passé, à la dignité, et à la responsabilité de ceux qui représentent la République dans les lieux les plus sombres de l’histoire humaine.
