Camélia, 17 ans : les derniers mots déchirants avant un drame scolaire évitable
« Je t’aime et t’es la meilleure maman du monde. » Ces quelques mots, envoyés à 16h46 le 13 janvier 2026, seront les derniers de Camélia. Moins d’une heure plus tard, l’adolescente mettait fin à ses jours en gare de Villeparisis, après des semaines de harcèlement scolaire et une confrontation désastreuse avec la direction de son lycée. Son histoire révèle des failles criantes dans la prise en charge des victimes — et interroge sur la responsabilité des adultes censés protéger.
Un harcèlement connu, mais mal traité
Camélia, élève au lycée Honoré-de-Balzac à Mitry-Mory (Seine-et-Marne), subissait depuis plusieurs semaines des moqueries, des rumeurs et des humiliations répétées de la part de camarades. Sa mère, alertée, avait adressé une lettre officielle au proviseur début janvier. La direction semblait réagir : le lundi 12 janvier, une première convocation rassemble Camélia, les élèves incriminés et le chef d’établissement.
À l’issue de cet entretien, Camélia écrit à sa mère : « Il était en colère. » Le ton n’était pas celui de la protection, mais de la réprimande. Pourtant, le lendemain, sa mère tente de la rassurer : « Ne fais plus attention à eux, c’est bon, le proviseur s’en occupe. » Une promesse tragiquement vaine.
La dernière convocation : un point de non-retour
Le mardi 13 janvier, vers 16 heures, Camélia est à nouveau appelée dans le bureau du proviseur. Cette fois, elle ressort bouleversée. Dans une série de messages envoyés à sa mère, elle révèle l’essentiel : « Ils ont dit que c’est moi la fautive… Il a dit que je me victimise. »
Les mots sont clairs. Au lieu d’être soutenue, l’adolescente se retrouve accusée. En moins de trente minutes, ce qui devait être une résolution devient un jugement. Trois minutes après son dernier message, elle quitte le lycée. Une camarade témoignera plus tard : « Elle était dans un état décomposé. »
Une affaire qui dépasse le cadre local
Le suicide de Camélia a provoqué une onde de choc bien au-delà de Mitry-Mory. Deux enquêtes sont désormais en cours : une enquête judiciaire pour harcèlement et mise en danger de la vie d’autrui, et une enquête administrative sur la gestion du dossier par l’établissement. La famille a déposé plainte contre le proviseur et les harceleurs présumés.
Ce drame soulève des questions urgentes : comment une adolescente de 17 ans, en contact constant avec sa mère, a-t-elle pu se sentir si seule ? Pourquoi les signaux d’alerte répétés n’ont-ils pas déclenché une intervention adaptée ? Et surtout, pourquoi les victimes de harcèlement en milieu scolaire sont-elles encore trop souvent traitées comme des perturbatrices plutôt que comme des personnes en détresse ?
Un appel à repenser la prévention du harcèlement
Depuis 2023, la France a renforcé ses dispositifs anti-harcèlement, avec des référents dans chaque établissement et des campagnes nationales. Pourtant, des cas comme celui de Camélia montrent que la formation des personnels, la culture institutionnelle et la priorité donnée à la parole des élèves restent insuffisantes.
Le suicide d’un lycéen harcelé ne doit plus être une fatalité. Il exige une réponse systémique, rapide et humaine — pas des procédures bureaucratiques qui retournent la faute contre la victime. À l’heure où les réseaux sociaux amplifient les violences ordinaires, chaque école doit devenir un refuge, pas un terrain de chasse.
