Un amour hors normes : à 44 ans, il vit avec sa femme de 88 ans depuis plus de 25 ans
Une rencontre artistique qui devient amour
Adrián, alors lycéen passionné de poésie, est attiré par les toiles de Delia, enseignante et peintre. Leur premier échange n’est pas romantique, mais intellectuel. Rapidement, des lettres manuscrites commencent à circuler entre eux – des correspondances qu’Adrián conserve encore précieusement. Ce lien épistolaire, nourri par une admiration mutuelle pour la création, évolue lentement vers un attachement plus intime.
Un an après leur rencontre, Adrián avoue ses sentiments. Delia, initialement réticente, finit par accepter une relation qu’ils gardent secrète. Leur foi en tant que Témoins de Jéhovah impose des règles strictes : aucun rendez-vous en tête à tête dans un lieu privé. Alors ils jouent aux cartes en public, discutent dans des cafés, marchent dans les rues – toujours visibles, jamais seuls.
Opposition familiale et regards extérieurs
Quand leur relation devient publique, les réactions ne tardent pas. Le père d’Adrián l’accepte sans hésiter. Sa mère, en revanche, s’oppose violemment à cette union. « Elle ne voulait rien savoir », se souvient Delia. Adrián estime que cette hostilité cachait une forme de jalousie : « Ils ne comprenaient pas qu’on puisse s’aimer malgré l’écart d’âge. »
Au fil des années, les jugements extérieurs persistent. Pourtant, le couple ne se laisse pas influencer. « Je n’ai jamais eu honte. Honnêtement, je ne remarque même pas les 45 ans qui nous séparent », affirme Adrián. Leur amour, disent-ils, repose sur une complicité intellectuelle et une connexion émotionnelle bien plus fortes que les conventions sociales.
Un mariage contre les attentes
Le 18 mars 2005, Adrián et Delia officialisent leur union. Ce mariage tardif n’est pas un caprice, mais un acte de résistance. Il affirme leur droit à aimer librement, même quand la société s’en étonne. Aujourd’hui, ils préparent avec sérénité leur 20ᵉ anniversaire de mariage – une rareté pour tout couple, et un véritable exploit pour un lien aussi décrié au départ.
L’art comme ciment, la résilience comme force
En 2009, Delia traverse une série d’épreuves médicales : huit interventions chirurgicales en quelques années, puis une hospitalisation pour arythmie cardiaque. Chaque fois, Adrián reste à ses côtés, même quand la distance est imposée. Leur relation, loin de se fissurer, se renforce.
Leur passion pour l’expression artistique demeure le socle de leur quotidien. Adrián récite ses poèmes lors des vernissages de Delia. Elle, en retour, illustre ses manuscrits. Ensemble, ils transforment leur amour atypique en œuvre vivante – discrète, mais puissante.
Leur histoire ne prétend pas être un modèle. Mais elle pose une question simple, et troublante : pourquoi l’amour devrait-il obéir à des règles d’âge ?
