Medvedev évoque un “enlèvement” du chancelier Merz : la Russie franchit une nouvelle ligne rouge
Quand un haut responsable russe compare publiquement le chancelier allemand à un “néonazi” et suggère son enlèvement, ce n’est plus seulement une provocation. C’est un signal inquiétant, lancé en pleine escalade rhétorique entre Moscou et l’Occident. Dmitri Medvedev, vice-chef du Conseil de sécurité russe et proche de Vladimir Poutine, a franchi un pas rarement osé — même dans le langage habituellement incendiaire du Kremlin.
Une référence explosive à l’affaire Maduro

Dans un entretien accordé à l’agence de presse russe Tass, Medvedev a évoqué la possibilité d’un “enlèvement” de Friedrich Merz en s’appuyant sur un précédent très controversé : les tentatives américaines de capturer le président vénézuélien Nicolás Maduro. “L’équipe Trump est intransigeante et cynique lorsqu’il s’agit de défendre les intérêts de son pays”, a-t-il écrit sur X, ajoutant que le motif réel derrière ces actions n’était pas la lutte contre la drogue, mais le contrôle du pétrole.
Il a ensuite enchaîné avec une menace à peine voilée : “L’enlèvement du néonazi Merz pourrait être un excellent rebondissement dans cette série de carnavals.” Selon lui, un tel scénario serait même “réaliste” — et justifié par les prises de position du chancelier allemand.
Merz, cible de Moscou pour son soutien à l’Ukraine
Friedrich Merz, devenu chancelier d’Allemagne fin 2025, a récemment défendu une mesure très sensible : l’utilisation des avoirs russes gelés dans l’UE pour financer des prêts militaires et économiques à Kyiv. Une position qui place Berlin en première ligne du soutien occidental à l’Ukraine — et qui agace profondément Moscou.
Pour Dmitri Medvedev, cette politique justifierait presque une “poursuite” judiciaire en Allemagne même. “Les citoyens souffrent pour rien”, a-t-il ajouté, insinuant que Merz trahit les intérêts de son propre peuple en alignant Berlin sur Washington et Bruxelles.
Un langage qui dépasse la diplomatie
Medvedev n’est pas un simple fonctionnaire. Ancien président puis Premier ministre de Russie, il est aujourd’hui l’une des voix les plus influentes du cercle proche de Poutine. Depuis l’invasion de l’Ukraine en 2022, il multiplie les déclarations extrêmes, souvent teintées de menaces nucléaires ou de discours révisionnistes.
Sanctionné par l’Union européenne et les États-Unis depuis avril 2022, il ne cache plus son hostilité envers les dirigeants occidentaux. Mais qualifier le chef du gouvernement allemand de “néonazi” et évoquer son enlèvement, c’est franchir une limite symbolique — même dans la guerre des mots actuelle.
Une escalade verbale aux conséquences imprévisibles
Ce type de déclaration ne vise pas seulement à choquer. Il s’inscrit dans une stratégie plus large : semer le doute, intimider les alliés de Kyiv, et tester les réactions de l’Occident. En citant Trump et Maduro, Medvedev cherche aussi à exploiter les divisions internes aux démocraties — notamment aux États-Unis, où le retour potentiel de Donald Trump alimente les spéculations.
Mais à Berlin, la réponse ne devrait pas tarder. L’Allemagne, déjà en première ligne du soutien à l’Ukraine, ne peut ignorer une menace aussi directe contre son chef de gouvernement. Même si elle reste rhétorique, elle révèle l’état d’esprit actuel à Moscou : la diplomatie a cédé la place à la guerre hybride — y compris dans les mots.
Au-delà de la provocation : un avertissement ?
Derrière le ton provocateur, se cache peut-être un avertissement. La Russie tente de dissuader l’Europe de franchir de nouvelles lignes, comme la confiscation des réserves russes gelées ou l’envoi de troupes occidentales en Ukraine. Et elle utilise ses figures les plus belliqueuses pour transmettre ce message.
Reste à voir si l’Union européenne — et l’Allemagne en particulier — relèvera ce défi. Une chose est sûre : avec de telles déclarations, le risque d’une escalade géopolitique ne cesse de croître.
