“Il nourrit ses vaches à 6h… et se retrouve au tribunal” : la colère d’un agriculteur accusé de tapage
Il n’a fait que son métier. Pourtant, Olivier Berthe, éleveur dans la Somme, a dû justifier devant un juge le simple fait d’avoir nourri ses vaches à 6 heures du matin. Une voisine, exaspérée par le bruit du tracteur et les voix dans la cour, a porté plainte pour tapage nocturne. Une décision qui a choqué bien au-delà des frontières de son village.
Une routine matinale devenue motif de procès
Dans la campagne de Lignières-en-Vimeu, l’automne 2024 a vu s’ouvrir un drôle de contentieux. Pendant trois matins consécutifs, Olivier Berthe, 58 ans, se lève un peu plus tôt que d’habitude pour s’occuper de son troupeau. À 6h, il démarre son tracteur, distribue la ration de fourrage, échange quelques mots avec ses fils. Une scène banale dans n’importe quelle ferme française.
Mais pour une voisine installée depuis vingt ans — et originaire de la région parisienne —, c’est insupportable. “Il y a des gens qui dorment !”, s’emporte-t-elle, dénonçant des “bruits très forts” et un manque total de communication. “Il ne m’a même pas prévenue”, ajoute-t-elle, comme si l’agriculteur devait solliciter une autorisation pour accomplir son travail.
Une plainte jugée recevable… mais absurde pour beaucoup
Le parquet, estimant la plainte fondée, décide de poursuivre l’éleveur pour tapage injurieux. L’affaire atterrit devant le tribunal correctionnel d’Amiens, où l’agriculteur doit s’expliquer sur ce que des générations de fermiers ont toujours considéré comme normal : commencer la journée à l’aube.
Son avocat ne cache pas son indignation. “Il fait des efforts constants pour limiter les nuisances. Mais poursuivre un agriculteur parce qu’il fait du bruit à 6h du matin, pendant trois jours, c’est démesuré.” Pour appuyer sa défense, il présente des attestations de voisins qui, eux, ne se sentent aucunement dérangés par l’activité de la ferme.
Relaxé, mais avec un goût amer
Le ministère public, pourtant, réclame une amende symbolique de 68 euros. Mais le tribunal tranche en faveur de l’agriculteur : il est relaxé. Une victoire juridique, mais non sans conséquence humaine.
“La campagne, ce n’est pas le paradis sans bruit”, rappelle Olivier Berthe. Sa phrase résonne comme un constat tragique : ceux qui s’installent à la campagne en quête de silence finissent par oublier qu’elle est aussi un lieu de travail, de machines, d’animaux… et de vie réelle.
Un symptôme d’un mal plus large
Cette affaire n’est pas isolée. Partout en France, les tribunaux voient affluer des plaintes similaires : contre les odeurs de lisier, les détonations des canons effaroucheurs, ou simplement le ronronnement d’un tracteur à l’aube. Derrière ces conflits se cache une mutation profonde du monde rural.
Les nouveaux résidents, souvent urbains, rêvent d’un cadre bucolique sans nuisances. Mais l’agriculture légale et traditionnelle génère inévitablement du bruit, des odeurs, des passages. La loi le reconnaît : l’activité agricole bénéficie d’un droit au bruit, surtout aux heures habituelles. À 6h du matin, en pleine campagne, ce n’est ni du tapage… ni de la nuisance. C’est simplement la vie.
